En l'absence de JMO pour le 22e Dragons, c'est dans l'historique qu'il faut chercher la relation de l'embuscade du 20 septembre 1914.

[...] Le 20 Septembre, un dimanche, la 5e D. C. se porte vers le Nord en direction de Cambrai. La 3e B. D. s'installe en halte gardée face à l'Est, à la Vacquerie, à portée de l'important carrefour du Pavé où bifurquent les routes de Cambrai à Péronne et de Cambrai à Saint-Quentin.

Du haut d'une meule-observatoire, les renseignements tombent au Colonel commandant la Brigade :

" Une circulation ferrée intense s'effectue sur la ligne de Saint-Quentin à Cambrai. Des mouvements d'autos, qui semblent s'accumuler à Masnières, ont lieu venant de Cambrai,  etc..."

Le Groupe Cycliste de la D. C. est envoyé au Pavé sous les ordres de son Chef, le Capitaine De TARLAY, [sic] commandant les Chasseurs Cyclistes, avec mission de tendre une embuscade et de rafler tout ce qui passe à ce nœud de route.

Bientôt après, le Capitaine WALLACE reçoit du Général ROBILLOT l'ordre d'aller prendre la direction de l'opération : il emmène avec lui son escadron et une pièce de 75 (Lieutenant LATERRADE).

En arrivant au Pavé, le Capitaine WALLACE n'a qu'à ratifier les habiles dispositions prises par le Capitaine De TARLAY,[sic] renforcé immédiatement de toutes les carabines de l'escadron.

Les chevaux sont dissimulés dans le bois Lateau ou à la pointe Nord, le Capitaine WALLACE (qui s'est adjoint l'Adjudant BOUSQUET) établit son P. C ;
la pièce de 75 est derrière la ferme du Pavé contre la route de Péronne.

Alors commence une attente angoissante où tous, Dragons et Chasseurs Cyclistes, font des vœux pour que l'ennemi, mis en éveil par quelques patrouilles que la Brigade avait laissé voir sur les bords de L'Escaut, se décide à quitter Masnières et à monter la côte du Pavé.

Minute inoubliable que celle où les oreilles de tous les combattants invisibles et présents, perçurent le bruit de la mise en marche de nombreuses voitures et où leurs yeux virent apparaître à fleur de crête, la bâche cachou de la limousine du chef de  convoi.

L'automobile s'arrêta à la crête sans la dépasser tout à fait : deux Allemands descendirent qui, longuement, peut-être cinq minutes qui parurent à tous un siècle, à la jumelle, explorèrent le carrefour mystérieux où il fallait qu'ils s'engageassent.

Dans le bois Lateau et dans le colombier de la ferme, 800 yeux ne perdaient pas un de leurs gestes : 400 poitrines battaient violemment l'espérance.

Enfin l'Officier de parc remonte en voiture et le convoi se porte en avant.

Assailli à bout portant par une fusillade intense qui le prend en tête et sur son flanc gauche, il stoppe.

Les défenseurs (un homme en armes par voiture en plus du conducteur) sautent à bas des voitures et se mettent à l'abri dans le profond fossé qui longe la route sur sa droite : ils y sont tous restés !...

L'officier allemand, chef du convoi, avait à coté de lui dans sa limousine une tenue de Colonel du 1er Régiment d'Infanterie française prête à être enfilée ; les bagages étaient remplis de linge de femme volé.

Avant même que la fusillade fût complètement éteinte, traversant la route et les voitures criblées de balles, le Lieutenant DU PLESSIS DE GRENEDAN s'est élancé entraînant ses Dragons derrière lui.

Du fossé, silencieux maintenant, deux bras se lèvent, ce sont ceux de l'Officier qui se rend.

Le Lieutenant DU PLESSIS DE GRENEDAN s'avance vers lui et reçoit en plein cœur un coup de revolver que lui tire l'officier déloyal.

La rage des Dragons, en voyant un de leurs officiers tué dans d'aussi perfides conditions, ne connaît plus de bornes et c'est à peine si du détachement ennemi complet, on put ramener quelques prisonniers...

Le corps du Lieutenant DU PLESSIS, modèle de hardiesse et de bravoure, fut ramené à Péronne dans une auto de prise, après, que le Colonel ROBILLOT, accouru de la Vacquerie, au bruit du combat, l'eut salué.

Le revolver de son ennemi, de son assassin plutôt, fut retrouvé et versé aux archives de la D. C. : c'était un gros revolver de modèle ancien dont les balles avaient été « dum-dumisées » en les fendant en quatre.

Les vingt-six voitures capturées, voitures de parc d'un convoi lourd dont la destination était Chauny, et le chargement, composé presque exclusivement d'objets de pillage, furent incendiés, à l'exception d'un petit nombre de voitures non avariées qu'il fut possible de pourvoir de mécaniciens de fortune, Chasseurs ou Dragons, et de conduire à Beauvais.

Le détachement releva ses quelques blessés, recueillit deux soldats de l'Armée britannique sortis on ne sait d'où pendant le combat et qui témoignaient du plus vif enthousiasme, et sous le couvert du Peloton ROZOY, resté en surveillance sur Masnières et la direction de Cambrai, se porta avec la Brigade et  la 3e D. C. rejointes, dans la région Nurlu - Liéramont - Templeux la Fosse. [...]