Un Chasseur Cycliste dans la Grande Guerre

05 septembre 2020

Une sortie dans le secteur des Arrieux

Une autre lettre datée du 12 novembre 1967, au lendemain de l'inauguration du monument aux morts du Fau, hameau de Montauban à l'initiative d'Émile GASC, évoque un épisode amusant qui aurait pu se terminer tragiquement :

" Nous avons rappeler nos imprudences en particulier la nuit que dans le secteur des Arrieux l'envie nous a pris d'aller en patrouille reconnaître un poste boche, sans prévenir le poste d'écoute où CHELLE et MONTORIOL... s'étaient tranquillement endormis... et n'ont pas fait attention à notre sortie.

Je te vois encore ramper sous la chicane de barbelés et t'accrocher la capote aux fils de fer, ce qui a déclanché un tapage diabolique alertant les postes boches qui nous tiraient dessus à la mitrailleuse... Je me rappelle aussi que nos sentinelles ignorant notre aventure, croyant avoir à faire aux boches, se sont mis à tirer jusqu'à ce que ROLLIN nous a devinés et c'est à ce moment que nous avons pu redescendre dans la tranchée, pour nous faire engueuler par le capitaine. [...] "

Le monument du Fau comporte trois noms de la famille GASC.

Le secteur des Arrieux était situé dans la forêt de Parroy

Extrait d'une carte du JMO du 91e - Mémoire des hommes via le forum pages1418

En recherchant sur Géoportal, je pense avoir situé le lieu, renommé Bois des Évrieux

Le Mont Laval est toujours là, ainsi que les bois de Chaussaille et de Rouge Boquet.

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30 août 2020

1917 - 1967 : Cinquantenaire d'un inoubliable moment

Cédric, l'arrière petit-fils du caporal Émile GASC a pu entrer en contact avec un membre de la famille du sergent Pierre SCHUMANN qui lui a communiqué quelques correspondances écrites par Émile.

L'une d'elle, datée du 6 juillet 1967, permet d'apprendre que les anciennes victimes du bombardement du 14 juillet 1917 commémoraient chaque année cet anniversaire en s'écrivant :

" Tous les ans à cette époque nous évoquons les vieux souvenirs de cette maudite nuit du 14 juillet où nous tombâmes côte à côte dans le Ravin de Barisis.

D'habitude c'est toi qui étais le premier à rappeler cette date. Cette fois ce sera sans doute moi.

C'est peut-être pour fêter le cinquantenaire de cet inoubliable moment que je suis un peu plus en avance.

En effet il y a un demi-siècle que nous sommes blessés. Ca ne semble pas possible que nous soyons encore là après nos souffrances et la décrépitude apportée par les ans, jointe aux malheurs et aux soucis que nous a réservé la vie. Et pourtant nous sommes encore debout. Ou c'est-à-dire un peu penchés en avant comme il se doit quand on s'achemine vers la tombe. [...] "

DSC_0149

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20 août 2020

Émile RAGUENET (1878 - 19..)

L'histoirique du 5e GC indique que le sous-lieutenant RAGUENET reçut la Médaille militaire le 30 décembre 1914 avec le motif suivant :

S'est distingué par son énergie à l'attaque d'un village. A porté son peloton en avant et l'a maintenu en place sous un feu violent d'artillerie.

med_mil_1

Une recherche sur Gallica le site de la BNF m'a permis de retrouver cette distinction et ainsi le prénom du sous-lieutenant qui était Émile

Raguenet_5GC

De là, une autre recherche sur le site du grand mémorial m'a permis de retrouver la fiche matricule de l'intéressé et de relever son deuxième prénom qui était Arsène. Émile Arsène RAGUENET était né dans le Doubs en 1878. Cordonnier lors de son incorporation, il était de petite taille : 1,55 m.

Après son service militaire qu'il accomplit au 44e RI, il choisit de rester dans l'armée et entame une carrière qui le mènera jusqu'au grade de capitaine dans les années 1920.

Lors de la mobilisation générale, il avait déjà rejoint le 5e Groupe cycliste au mois de janvier 1914, alors qu'il est adjudant-chef.

Nommé sous-lieutenant le 25 décembre 1914, puis lieutenant deux ans plus tard, le 25 décembre 1916, il poursuivit la campagne avant d'être incorporé au 1e GC le 1er janvier 1920.

Il avait été blessé gravement en procédant à des expériences de lance-bombes sous la direction d'un officier du Génie le 15 août 1915.

Le 25 février 1919, il fut cité à l'ordre du Groupe cycliste pour des faits se rapportant à septembre 1914 :

Chef de section de beaucoup de courage et de sang-froid. Le 29 septembre 1914, a fait preuve d'un grand esprit de décision, ce qui a permis la réussite d'une embuscade et la capture d'un convoi de 30 automobiles.

Il s'agit plus probablement de l'embuscade du 20 septembre 1914.

Il fut également cité à l'ordre de la division

Officier très consciencieux, d'un grand calme et d'un admirable sang-froid. Le 28 mai a assuré des circonstances particulièrement dangereuses et délicates, la transmission des ordres aux différents pelotons, se portant [illisible] sur la ligne de feu aux points les plus battus pour les communiquer et s'assurer de leur exécution.

Il reçut également les félicitations du corps de cavalerie le 7 août 1918

Excellent officier d'un grand courage et d'un beau dévouement. A commandé avec beaucoup de calme et d'à propos sa section de mitrailleuses dans les combats des 17 et 18 juillet, lui faisant prendre les meilleures positions pour aider le mouvement en avant.

Il fut élevé à la dignité de chevalier de la Légion d'honneur le 13 juillet 1919 et promu officier en 1954, dans sa 76e année.

legion_1

Il était également commandeur de l'ordre du Ouissam Alaouite, ordre honorifique marocain, probablement au titre de ses services au Maroc dans les années 1920.

 

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05 juillet 2020

Soirée calme en première ligne

Le peintre Maurice DENIS, fondateur du mouvement des Nabis, prit quelques croquis sur place à Barisis fin 1917. L'un d'eux lui servit à peindre le tableau intitulé " Soirée calme en première ligne vers Barisis "

Soiree_calme_maurice_Denis1917

Le titre de ce tableau a été repris pour nommer un sentier de randonnée de la commune de Barisis, inauguré en 2018.

Une partie de ce sentier passe à proximité des positions du PA de l'Abbaye dans le CR du Crotoir occupées par le 5e GC et le 11 RCP en 1917.

Extrait de la fiche de randonnée

 

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30 juin 2020

Barisis, juillet 1917

L'historique du 5e GC conservé dans les archives de la Fédération nationale des amicales des anciens chasseurs (FNAC) est illustré de plusieurs dessins, dont l'un représente une vue du Chemin creux à Barisis en juillet 1917

Barisis1917-07

Historique du Ve groupe de chasseurs cyclistes - archives de la FNAC

 

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29 juin 2020

14 juillet 1917 : Barisis (02)

Drôle de feu d'artifice pour ce 14 juillet 1917 dans les environs de Barisis !

C'est au cours d'un violent bombardement que furent blessés 6 hommes du Groupe cycliste et que l'un d'eux décéda.

La lecture du JMO de la 5e Division de cavalerie nous apprend qu'il y eut d'autres victimes : 8 hommes du 11e régiment de cuirassiers à pied (RCP) et un homme de la 205e Cie de mitrailleuses de position

Extrait du JMO de la 5e DC - Mémoire des hommes

En poursuivant cette lecture, je relève que l'activité de l'artillerie ennemie est détaillée par heure, nombre et calibre des obus, lieu du bombardement.

Sachant que Georges CHAUVIN a été blessé à 13 h, d'après la mention indiquée dans son dossier médical, lui et ses camarades auraient pu se trouver soit sur les Fonds d'Envaux près du PC de la 5e DC qui reçut 150 obus de 150 entre 12h et 15h, soit au centre de résistance (CR) du Crotoir et la cote 189 qui reçurent 200 obus de 77 et de 105 entre 1h30 et 13h.

Ces bombardements appuyaient un coup de main allemand d'après l'historique du 11e RCP :

" [...] C'est ainsi que dans la nuit du 13 au 14 juillet 1917, un coup de main allemand, appuyé par un violent bombardement d'obus explosifs et toxiques et de minen, échoua grâce à la vigilance et à la présence d'esprit des guetteurs. "

Ce même historique indique que le 11e RCP tenait le CR du Crotoir.

En remontant la lecture du JMO sur les jours précédents, on relève que le 5e Groupe cycliste renforçait le 3e bataillon du 11e RCP. Divisé en deux 1/2 groupes, une partie était en ligne pendant que l'autre était en réserve.

Au CR du Crotoir, le demi groupe du 5e GC était en position au PA de l'Abbaye où il effectuait les travaux de protection des tranchées et boyaux et la mise en place d'abris de bombardement.

Georges et ses camarades du 5e GC se trouvaient probablement à la " tranchée Barisis " et non près d'une tranchée à Barisis comme je le pensais depuis quelques années.

Par chance une carte des positions occupées le 15 juillet 1917 est insérée dans le JMO de la 5e DC : en voici un extrait où l'on peut voir la position du 5e GC

Extrait du JMO de la 5e DC - SHD - Mémoire des hommes

 Si l'on tranpose sur une carte actuelle du site Géoportail, la situation de cette tranchée correspondrait à la zone entourée en rouge :

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27 juin 2020

Lucien SAUVAGE (1897 - 1948)

Cédric m'a transmis une correspondance échangée avec Émile GASC, adressée par Lucien SAUVAGE. Grâce à cette carte, nous connaissons désormais le prénom du " chasseur Sauvage " le dernier des blessés du 14 juillet 1917 mentionnés dans l'historique du 5e GC.

Servais, Lucien SAUVAGE était originaire des Ardennes. Orphelin de père lors de son recensement, il exerçait la profession de boucher-charcutier à Châlons sur Marne (51) où il demeurait.

Incorporé au 5e GC le 9 janvier 1916, il avait été nommé 1ère classe le 16 décembre 1916. Il partit pour le front le 27 mars 1917 et fut blessé quatre mois plus tard à Barisis (02).

Il fut cité le 20 juillet 1917 à l'ordre de la 5e Division de cavalerie :

" Excellent chasseur. Blessé à la cuisse le 14 juillet 1917, a refusé de se laisser transporter, disant qu'il y a des camarades plus gravement atteint que lui."

Cx guerre 1418

Cette blessure fut tout de même assez grave puisqu'elle entraîna une convalescence jusqu'au 18 avril 1918 et lui valut une pension d'invalidité en raison des séquelles.

Il repartit en campagne jusqu'à l'Armistice. Évacué en octobre 1918 pour cause de grippe, il fut démobilisé en septembre 1919.

Merci à Cédric pour son aide.

Lucien SAUVAGE est décédé à Avize (51) en 1948, il était âgé de 51 ans.

 

 

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25 juin 2020

Jean ROLLIN (1895 - 1917)

Jean Gaston ROLLIN est le seul chasseur décédé le 14 juillet 1917.

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Il s'était engagé volontairement pour 4 ans le 30 décembre 1914, alors qu'il avait 18 ans. Il fut incorporé au 10e régiment de Dragons.

Tout comme Émile GASC, il passa au 5e GC en novembre 1915 après la dissolution du 10e RD.

Jean Rollin

Sur ce portrait que la famille ROLLIN avait transmis à Émile GASC, on peut distinguer sur la vareuse de Jean son galon de 1ère classe au bas des manches, deux chevrons de présence au front et son insigne de spécialité, indiquant qu'il était fusilier mitrailleur (tous mes rermerciements à Cédric).

Il fut cité à l'odre du Corps de cavalerie et décoré à titre posthume le 20 juillet 1917 :

" Fusilier mitrailleur du plus grand courage ; le 14 juillet 1917, est resté sous un feu violent de torpilles et d'obus sur une position bouleversée par les projectiles auprès de sa pièce ensevelie. Grièvement blessé. "

Détail curieux : deux fiches matricules ont été établies et sont conservées aux archives du Gers :

  • l'une en 1915 faisant mention de son engagement militaire et de son affectation au 10e Dragons
  • l'autre en 1916 (classe normale de son recrutement) plus complète et comportant son parcours militaire.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Nogaro (32).

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22 juin 2020

Pierre SCHUHMANN (1891 - 1972)

Retrouver les autres blessés du 14 juillet 1917 est aujourd'hui possible grâce à différents portails et bases de données.

Ainsi Pierre Louis SCHUHMANN qui était le sergent qu'Émile GASC ramena sur son dos à l'infirmerie de la 5e DC.

Pierre SCHUMANN était originaire de Tronville dans la Meuse où il était né en 1891. Lors de son recrutement, il exerçait la profession de berger. Il fut incorporé au 29e BCP en octobre 1912, avant de rejoindre un mois plus tard le 5e Groupe cycliste cycliste qui venait d'être formé.

Entretemps, il avait été nommé caporal au mois d'août 1913, puis sergent au mois de septembre 1914.

Malade, il avait dû être évacué en décembre 1914.

Cité une première fois à l'ordre de l'armée, la Croix de Saint-Georges de 4e classe lui avait également été attribuée au mois de mars 1915 (JO du 13 avril 1915)

Il rejoint le dépôt du 5e GC à Fougères (35) en mai 1915 avant de repartir en ligne en août 1915.

Il avait été cité une seconde fois à l'ordre de l'armée et reçut également la Médaille militaire pour le fait d'arme suivant :

" Excellent chef de section. S'est toujours fait remarquer par sa belle attitude dans les circonstances difficiles. Le 14 juillet 1917 au cours d'un violent bombardement de son secteur a été très grièvement blessé alors qu'il parcourait sa tranchée élevant au plus haut degré le moral de ses chasseurs par son sang-froid et un parfait mépris du danger. "

Après sa grave blessure du 14 juillet 1917, la commission de réforme de Fougères au vu de son état de santé proposa qu'il change d'arme pour être affecté au 88e régiment d'artillerie lourde (RAL) en septembre 1918.

Un mois plus tard il fut réformé temporairement et classé service auxiliaire.

Pierre SCHUHMANN est décédé à Argentan (61) en 1972. Il était âgé de 81 ans.

 

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20 juin 2020

Émile GASC (1896 - 1968)

Émile GASC était né à Montauban en 1896 et appartenait donc à la classe 1916. Il exerçait la profession de cultivateur.

Emile Gasc

Il s'était néanmoins engagé volontairement le 31 décembre 1914 et avait été incorporé au 10e régiment de Dragons.

Après la dissolution de ce régiment, il fut dirigé sur le 5e Groupe cycliste le 22 novembre 1915, et fut nommé caporal le 15 mars 1917.

Grièvement blessé le 14 juillet 1917 à Barisis (02), il fut affecté au 11e RI en janvier 1918, après sa convalescence avant d'être réformé définitivement et pensionné de guerre au mois de septembre 1918.

Peu de temps avant d'être lui aussi grièvement blessé, il avait ramené sur son dos trois de ses camarades également touchés à ses côtés. Peut-être que Georges CHAUVIN fut l'un d'eux ?

Émile fut cité à l'ordre de l'armée pour ce fait d'armes :

" Caporal au groupe cycliste d'une division de cavalerie. Gradé d'élite, ayant une haute conception de son devoir. A fait preuve dans la journée du 14 juillet 1917, d'un admirable dévouement : sous un feu d'une extrème violence, s'est porté à trois reprises au secours des blessés, ramenant successivement son chef de section puis deux de ses camarades. A été grièvement blessé à son tour. "

La Médaille militaire et la Croix de guerre lui furent décernées.

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Cédric, l'arrière petit-fils d'Émile GASC a hérité de nombreuses cartes postales reçues par Émile, ainsi que plusieurs photographies sur lesquelles figurennt des hommes du 5e GC. Elle feront l'objet de prochaines publications.